Osons une transposition de la célèbre fable de la Fontaine à l’ère de l’économie numérique : et si, finalement, c’était le lièvre qui remportait la course?

Disruption. Ce terme n’existait pas au 17ème siècle, époque à laquelle vivait Jean de la Fontaine. C’est donc un exercice amusant de projeter ses récits immortels dans notre société digitalisée et ubérisée.

Je précise que je ne remets pas en cause la morale de ces fables, qui reste toujours de parfaits exemples de sagesse. Je la contourne simplement dans le but de nourrir notre réflexion 😉

Ne pas confondre vitesse et procrastination

Dans la fable du lièvre et de la tortue, un animal réputé pour être lent propose une course de vitesse à un animal plus rapide. Le lièvre accepte la proposition, étant sûr de remporter la partie. La tortue se met en route tandis que l’autre se livre à la paresse, en attendant le bon moment pour se mettre en piste. Lorsqu’il se rend compte que la tortue va franchir la ligne d’arrivée, le lièvre se met à bondir. Mais trop tard. La tortue a remporté la victoire.

Et nous connaissons tous la morale de l’histoire :

Rien ne sert de courir, il faut partir à point !


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Remise au goût du jour, cette fable pourrait nous alerter sur les risques de la procrastination. Derrière ce mot un peu barbare ce cache une autre maxime : “ne pas remettre au lendemain ce que l’on peut faire le jour même”.

Ce phénomène s’est accru durant les dernières décennies. En l’espace de 40 ans, la procrastination aurait ainsi augmenté de 400 %. En cause, les outils numériques qui nous éloignent de l’essentiel et nous invite souvent à la farniente. Un “fléau” qui coûterait plusieurs millions d’euros en productivité aux entreprises chaque année. 

Même si le verbe  “Procrastiner” n’existait probablement pas au temps de Jean de la Fontaine, l’intention était déjà bien présente. Car au lieu de se mettre en piste, le lièvre remet à plus tard ce qu’il pourrait accomplir maintenant. Résultat : un échec cuisant.

Mais le monde a beaucoup changé depuis. Dans une société qui vit à l’ère du digitale et de la disruption,  nous allons réhabiliter notre ami le lièvre et donner à cette fable une nouvelle tournure. 

L’erreur de la tortue : ne pas avoir su écouter le présent pour anticiper l’avenir. 

L’éloge de l’agilité

Reprenons les mêmes personnages. La tortue symbolise l’ancienne économie, le lièvre la nouvelle économie et le monde des startup.

La tortue prend le départ. Sa course est lente, progressive. Elle avance lentement, mais sûrement. Elle construit son succès sur la durée. Dans l’économie réelle, ce business model était celui sur lequel se sont bâties des entreprises puissantes et patrimoniales, notamment dans le secteur de l’automobile, de la banque ou du transport aérien. Une réussite bien enracinée et acquise sur le long terme.

Mais c’était sans compter sur le jeune lièvre. Plus rapide, plus agile, l’animal va surgir et coiffer en quelques instants la tortue sur la ligne d’arrivée. La morale est bouleversée : cette fois, c’est le lièvre qui a gagné !

Quelle leçon pouvons-nous tirer de cette histoire ? La tortue n’a pas su réagir assez vite. Elle savait que tôt ou tard le lièvre allait la rattraper. Son erreur : n’avoir pas su écouter le présent pour anticiper l’avenir.

C’est le triste sort qui est arrivé à la société Kodak . Au firmament en 1996 avec ses 140.000 employés, elle déposa le bilan une quinzaine d’années plus tard pour ne pas avoir voulu se lancer sur le marché de la photo numérique. 

Dans le monde de l’entreprise, le manque de lucidité ou de pragmatisme peut parfois coûter cher. Très cher. Et mener à la ruine.

Miser sur le bon lièvre

Attention toutefois, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation. Aller vite ne veut pas dire se précipiter. Agir ne veut pas dire réagir. Le lièvre n’a fait qu’utiliser ses armes : sa jeunesse, sa fougue, son agilité, sa réactivité.

C’est le cas d’une entreprise comme Airbnb. En une décennie, le Californien a réussi à disrupté (un autre mot qui n’existait pas à l’époque de Jean de la Fontaine)  un marché bien établi : l’hôtellerie. Airbnb est aujourd’hui le leader mondial de l’hébergement, sans gérer un seul hôtel ou appartement en propre. Idem pour Uber, qui a complètement transformé le marché du transport des personnes. Deux secteurs qui semblaient à l’abri, car non-délocalisables, mais qui ont particulièrement souffert de ce changement de paradigme.   

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Comme David face à Goliath, ces nouveaux lièvres sont incarnés par de jeunes entrepreneurs audacieux, sans complexe et qui n’ont pas peur d’affronter des géants économiques.

Leur façon d’incarner le leadership est totalement en phase avec les changements apportés par la nouvelle économie. En bousculant au passage les logiques de l’équilibre économique, avec le soutien des marchés financiers.

Les entreprises leaders de demain ne doivent plus être dirigées par des gestionnaires mais par des visionnaires.

Elon Musk de tesla et Jeff Bezos d’Amazon sont aujourd’hui les deux hommes les plus riches du monde. En août 2020, Apple est devenue la première société à franchir le cap des 2.000 milliards de capitalisation boursière, après avoir été la première à franchir celui des 1.000 milliards deux ans plus tôt, en août 2018.

Des dirigeants visionnaires

Quel est le point commun entre les dirigeants de Google, Facebook, Airbnb, Tesla ou Amazon ? Ce sont tous des visionnaires.

Les grands capitaines d’industrie de “l’ancien monde” étaient des gestionnaires. Ils géraient la croissance de sociétés très prospères (pétrochimie, industrie, assurances…) et le faisaient très bien. Mais dans un monde qui évolue à grande vitesse, dopé par le Big Data et la 5G, les entreprises leaders de demain ne doivent plus être dirigées par des gestionnaires mais par des visionnaires. Ces capitaines qui voient le coup d’après avant les autres et qui inventent sous nos yeux le monde de demain.

Alors que Renault affichait des ventes annuelles en baisse de 21% en 2020, Tesla affichait une croissance insolente avec la vente de près de 500.000 véhicules (+35% en un an).

D’excellents résultats commerciaux qui ont permis à la firme d’Elon Musk de multiplier son cours de bourse par 730% sur 2020, alors que Renault stagnait (-2%).

Tesal est aujourd’hui la première capitalisation boursière de l’automobile. Elle dépasse, à elle seule, la capitalisation cumulée de Toyota, de Volkswagen, de General Motors, BMW et Ferrari !

Avec une valorisation boursière de près de 800 milliards d’euros, Tesla – fleuron de la nouvelle économie – pèse aujourd’hui près de 80 fois plus que Renault – fleuron de l’ancienne économie.

Les investisseurs préfèrent décidément les lièvres aux tortues !

Cet article est paru initialement 2018 sur Le Cercle Les Echos  et Linkedin Pulse. Il a été mis à jour en janvier 2021.

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